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RECO BORKOU28 du 28 janvier au 12 février 2026

J’ai eu cette opportunité énorme de pouvoir participer aux côtés de Jean-Philippe Allaire, patron emblématique du @Le_Treg, de Jean Noel Raynaud, Jean Victor Hugot et de Frédéric Allard, coureurs et aventuriers infatigables des déserts sahariens, avec l’aide et le soutien indéfectible de Guini Guini et de son équipe de chauffeurs cuisinier et guides à la reco du futur #TregBorkou28. 

                   J’ai passé 15 jours dans cette belle région du Tchad que j’avais eu l’occasion d’arpenter en 2023 et 2024 lors de précédents voyages.

                   Y retourner pour préparer le prochain Le Treg a été une belle aventure humaine.

                   En quelques mots mon retour en mots et images de cette belle expérience.

LA MONTEE sur FAYA LARGEAU

                                Ce fut d’abord un long voyage plein nord de plus de 2 jours de la capitale tchadienne NDjamena à Faya Largeau de presque 1000km. A bord de 3 véhicules Toyota Land Cruiser, nous empruntons rapidement la piste qui traverse  des paysages de type sahéliens dans un premier temps, puis  plus collinaires tapissés d’un duvet vert anisé dans lesquels pâturent des bovins, des troupeaux de chèvres et de moutons, et plus loin d’immenses  familles de chameaux. Nous rencontrons même des cavaliers, véritables cow boys de ces immenses troupeaux qui galopent fièrement sur leurs montures nerveuses. La piste se fait  sinueuse, multiple et cassante avec de profondes ornières, que cache sournoisement le fech-fech*.  Premier bivouac sous  notre premier ciel étoilé entre les localités de Massakori et de Moussoro dans la région du Kanem.

PREMIER BIVOUAC

                           Nous reprenons tôt la route en direction de Salal, de Koula       Olanga où nous nous ravitaillons. Longue journée mais la diversité incroyable des paysages, le spectacle des énormes camions surchargés roulant à 10/ 15km/h, véritables vraquiers du désert,  nous aident à faire passer le temps.  Nous nous arrêtons à un poste de militaires, stationnant plusieurs semaines en plein désert et luttant contre les « coupeurs de route », des bandes de brigands qui sévissent dans la région. Au niveau de Koro Toro nous décidons de bivouaquer avant de traverser les grands cordons dunaires de l’erg Djourab.  Nous repartons tôt en évitant bien  de ne pas nous ensabler dans les ornières traitresses. Puis ce sont  les immenses « Grands Riens » des plaines sableuses et sans limite dont la monotonie est rompue par  quelques points d’eau bienvenus (Puit110).  Enfin nous arrivons dans un paysage de petits tassilis, blanchis par le calcaire,  qui débouche sur la palmeraie de Faya Largeau, la capitale du Borkou que nous atteignons en milieu d’après midi.

LA RECO

                              Après une nuit de repos dans l’enclos d’une demeure, nous nous préparons pour la phase de reconnaissance proprement dite. Le point est d’identifier rapidement des lieux qui pourraient servir de camps de base, de villages de départ et d’arrivée pour des étapes en étoiles. Après quelques discussions entre nous, des échanges avec Guini et les guides locaux,  nous décidons de partir vers Yarda, et son site de peintures rupestres pour tenter de rejoindre les oasis de  Depuis Faya nous remontons vers le Nord en direction de Yarda, pour tenter de joindre directement les nombreux sites et oasis qui sont bordés par des falaises de grès, les citadelles du Borkou, Une immense barrière rocheuse domine l’oued que nous traversons, laissant sur notre droite la piste qui mène à Gouro. Cette dernière se révèle âpre et cassante. Nous progressons plus que lentement, nous nous ensablons à tour de rôle. Après de très longues heures, nous parvenons à Kouroudi point d’entrée du Tibesti. Kouroudi, que je reconnais aisément pour y avoir passé deux jours lors de mon raid en direction de l’Emi Koussi en 2024**

Nous ne trouvons pas de site répondant aux critères d’un camp de base, nous reprenons la route et redescendons en traversant  l’oasis de Dohi en direction de Ahni et de Orori, suivant les conseils de Marc Altea.

                                         Le site de Orori Rocher s’avèrera intéressant avec un large à-plat  ceinturé de grands blocs et pitons aux belles couleurs ocres en cette fin de journée.  Nous installons le bivouac sous un ciel étoilé tandis qu’une pleine lune opaline inonde de sa douce lumière tamisée.  Nous sommes immergés dans un paysage minéral comme je les aime, fait de grandes dalles gréseuses polies par l’érosion, qui dessinent un écrin idéal et dans lequel j’ai envi de me glisser. L’ambiance se fait encore plus chaleureuse entre nous et les membres de l’équipe qui nous accompagne. Nous aidons comme nous pouvons Marcus, le cuisinier, à préparer le dîner. Les chauffeurs et guides se chambrent entre eux et éclatent de rire.   La piste nous a bien rapproché.  Le feu crépite. Nous profitons chacun à notre manière de ces instants uniques que nous avons la chance de vivre. Frédéric met un nom sur chacune des planètes, des constellations qui s’offre à nous. Je l’écoute, je tente de mémoriser, mais surtout je m’évade. Je m’endors la tête dans les étoiles.

                                          Le lendemain nous démarrons un cycle de trois reconnaissance à pieds, en étoiles qui doit valider les parcours créés à partir des données géographiques en notre possession (cartes et gps),  des connaissances terrain de nos deux guides et des savoirs faires techniques et terrains de Jean Philippe, Jean Noel et Jean Victor, les pros de la reco.

Ce sont de belles sorties de quinze à vingt kilomètres mêlant dunes et tassilis, canyons et plateaux pierreux, peintures et gravures rupestres, parois troglodytes et dunes rampantes, sable et roche.

La troisième sortie, celle en forme de rectangle, fut littéralement magique. Malgré un départ vers quinze heures, sous une chaleur accablante, nous longeons un tassili sans fin, aux arcannes invitant aux variantes, subissant les assauts d’immenses vagues de sable fin. Nous nous séparons en deux équipes pour évaluer les multiples possibilités et variantes qu’offre ce terrain de jeu. Puis, sur la seconde partie, sous les rayons obliques d’un soleil désormais rouge, Jean No et moi enquillons une espèce de canyon parcouru en son lit par un cordon dunaire à la couleur de plus en plus ocre. Les deux groupes convergent un peu plus loin et nous poursuivons jusqu’à son terme cette rivière minérale observant le déclin du soleil incendiaire derrière les barrières rocheuses embrasées. Nous parviendrons la nuit tombée au campement.

Lors du quatrième  jour de ce cycle de reconnaissance nous nous rendons à Tigui Rocher, et ses quatres pitons dominant les yégués du village qui se situe à environ vingt cinq kilomètres pour tracer un parcours de  entre cette oasis et celle de Bedo et ses salines blanchies par le natron. Un long raid en ligne droite, ou presque, que nous enchainons sous une grosse chaleur. Impossible pour moi de courir dans cette fournaise, je gère en réfrigérant mon corps au mieux. Frédéric et Jean Victor tentent une variante plus au nord. Nous les perdons rapidement de vue. Après plus de quatre heures d’effort, nous parvenons au puits d’une petite localité. Nous retrouvons Frédéric, mais pas Jean Victor. Ce dernier semble avoir tracer encre plus au nord. Nous nous arrosons. Trois petites filles goranes rient à la vue de nos dégaines et nos têtes desséchées. Nous leur offrons les oranges que nous avions dans nos sacs. Nous adressons nos salutations au papa du village et retournons au camp de base de la veille. Nous repartons en direction de Orori Rocher. La trace s’arrête là, mais en fait il reste quelques kilomètres avant de rejoindre le point d’arrivée.(un grand classique de Jean Philippe)

Je décide de me mettre dans les pas de Frédéric qui avance vite. Je laisse Jean Philippe, Jean No et un de nos guides derrière moi. Au bout d’un ou deux kilomètres, je perds de vue Fred, mais je me fie en toute confiance aux traces de ses chaussures de trail dans le sable. Erreur ! N’ayant pas pris le soin de repérer le point d’arrivée estimé du parcours, me raccrochant sans y réfléchir à celui qui est devant, je commets là une faute de débutant.

                              J’arrive dans une partie plus pierreuse constituée de grandes plaques de grés. Plus de traces bien entendu, et surtout pas de cheminement évident. Je tente plusieurs allers retours afin de retrouver des indices du passage de Fred. En vain. Rien de bien concret. Je suis tanké dans un mini canyon sans visibilité et il commence à faire très chaud. Je me décide à retourner sur mes pas espérant retrouver le guide et mes autres compagnons. Mais je ne les vois pas. Je reviens plus en arrière encore et grimpe sur un monticule afin d’avoir un plus grand champ de vision. Enfin je les aperçois au loin qui m’attendent, et surement aussi Jean Victor ! Lui n’arrivera que plus de trois heures après…                             

                               Le jour suivant nous verra partir du magnifique site rupestre de Käser, que nous visitons, situé un peu au sud de Tigui, pour rejoindre Orori. Nous avons de nouveau très chaud sur ce parcours et guettions le moindre abri qui offrait de l « ombre ». Ce sera notre dernier parcours dans cette partie nord du Borkou. J’ai retrouvé la forme et je profite à fond de cette étape.  

Nous retournons ensuite en direction de Faya en passant par Kirmidi par une piste sensée être plus « roulante » que celle de l’aller par Yarda d’après Guini. Nous mettrons tout de même plus de six heures.

                            De Kirdimi nous sommes accueillis par les autorités locales à la mairie. D’une manière générale, nous avons toujours été très bien accueillis par les autorités locales ou régionales, ainsi que par tous les habitants de ce pays. Puis nous nous  dirigeons vers le troisième site rupestre  d ‘Archanna qui dévoile de beaux parcours potentiels plus près de la capitale du Borkou. Après une visite approfondie du site, avec les peintures plus anciennes, nous retournons sur Faya.

EN ARRIVANT SUR OUNIENGA KEBIR EN FIN DE JOURNEE

Nous repartons le lendemain en direction des lacs Ounienga Kebir et Serir. Nous empruntons la piste historique qui monte à Gouro, celle qu’emprunta la fameuse colonne Leclerc lors de la seconde guerre mondiale. Piste qui traverse les stries ocre et noires du Bembéché, piste jalonnée de grands cairns visibles de loin, piste qui navigue ensuite sur une vaste étendue plane, aride et qui monte au ciel.

Nous bivouaquons prés du lac Yoa aux eaux fossiles vertes et légèrement teintées de natron dont nous faisons le tour à pied (environ 12km) puis nous dirigeons vers les lacs de Serir. Nous nous baignons dans le petit lac du Bokkou, profond d’une trentaine de mètres dans une eau douce et fraîche. Que du bonheur!

Puis retour en repassant par Faya aprés un beau bivouac à l’écart de la piste sous la protection d’une belle dune et d’une lune décroissante laissant plus de place aux étoiles aux constellations et à la Voie Lactée.

Le retour est un peu long de nouveau mais la bonne humeur générale, les échanges multiples avec les chameliers, les chauffeurs, la grande diversité des paysages font passer le temps. A noter l’absence de grain de sable dans le déroulement de notre voyage si ce n’est celui qui s’agrège à tous les autres pour donner naissance aux dunes du désert.

J’ai découvert d’autres réalités facettes de cette région. J’ai aimé ́les gens de ce pays. Nous avons appris à nous connaître tout au long de cette belle aventure humaine.

Merci infiniment à la team BORKOU28 et à tous nos accompagnateurs!***

Partant pour d’autres recos et d’autres histoires.